Masculinité et carnisme

Selon une étude de Yann Plancqueel en 2008, en France, 75% des végétariens sont de sexe féminin. On retrouve à peu près la même répartition au niveau des sexes en Allemagne. Alors pourquoi les femmes sont-elles davantage séduites par le végéta*isme ? Pourquoi lors d’un barbecue les hommes se réservent le droit de préparer la viande et d’en manger en grande quantité et qu’ils laissent le soin aux femmes de s’occuper de la salade ?

Il existe de multiples rFood porn viandeaisons qui expliquent cet écart entre les hommes et les femmes : viande associé à la virilité/force, les femmes faisant plus attention à leur santé et/ou leur ligne donc elles mangent davantage de légumes, raisons culturelles (le stéréotype de l’homme qui chasse et de la femme qui se consacre à la cueillette), etc. Mais aujourd’hui, nous allons nous intéresser au lien qui existe entre le sexisme et le spécisme, une des raisons qui explique pourquoi tant de femmes éprouvent de l’empathie envers les animaux et choisissent de bannir la viande et le poisson de leur assiette.

Une inégalité remontant à des temps anciens

Un parallèle est également établi entre le racisme, le spécisme et le sexisme : il s’agit, en effet, de considérer un groupe d’individus inférieurs afin de pouvoir mieux les exploiter. C’est bel et bien l’exploitation du point de vue économique qui contribue au développement de comportements sexistes, racistes et spécistes chez les humains, et non l’inverse. Cependant, le spécisme et le sexisme se distinguent du racisme par plusieurs points : ils sont beaucoup plus anciens que le racisme (de nombreux chercheurs s’accordent pour dire qu’ils remonteraient à l’invention de l’agriculture alors que le racisme remonterait plutôt au début de la colonisation) et ne sont toujours pas condamnés de nos jours, et normalisées.

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Alors, certes, il existe toujours des racistes et des gens souffrant de cette inégalité. Mais l’exploitation, même si elle continue d’exister, est clairement condamnée, du moins dans les démocraties occidentales. Pour nos sociétés, toute personne qui martyrise, exploite quelqu’un sous prétexte qu’il a une peau d’une couleur différente devra répondre de la justice.

Par contre, de nos jours, il est tout à fait banal d’exploiter les femmes, pour du sexe majoritairement, et les animaux, pour se nourrir majoritairement. La prostitution, qui est bien l’exploitation du corps de la femme pour le plaisir de l’homme n’est pas condamnée dans la plupart des sociétés, et c’est sur la victime que retombe la faute la plupart du temps (traiter une femme de prostituée est considérée comme une insulte). Le viol, en particulier le viol conjugal, qui est une autre forme d’exploitation, est banalisé, voir, dans le pire des cas, encouragé (via des mariages arrangés). Manger de la viande est devenu une habitude courante dans les pays industrialisés. Les exploitations industrielles, qui y enferment des animaux de leur naissance jusqu’à leur mort, dans des conditions affreuses sont devenues la norme, et ces pratiques sont peu condamnées par l’ensemble de la population.

Cette exploitation repose principalement sur des arguments dits « naturels »: l’homme a toujours mangé de la viande, elle est nécessaire pour sa survie etc. L’homme a des besoins sexuels qu’il doit assouvir sous peine de mettre en danger la société ou/et la femme doit du sexe à l’homme car elle l’a dragué/est mariée avec lui/a beaucoup d’amants/porte une jupe trop courte etc. Or, ces arguments ne sont que des mythes inventés pour justifier cette domination. On peut vivre heureux et en bonne santé sans manger de viande, et même, sans faire l’amour.

La négation de la souffrance et objectivisation du corps

Pour parvenir à de telles extrémités, il a fallu pour les hommes différencier le corps des femmes et celui des animaux du leur : plus ce corps est différent, moins on ressent de l’empathie pour lui, et plus on se donne le droit de l’exploiter sans remords.

Concernant le corps des femmes, je vous invite à lire un article très long, mais très intéressant sur le blog suivant : http://antisexisme.net/2013/08/13/objectivation-1-2/ qui explique bien les mécanismes utilisés pour faire du corps de la femme un objet.

Concernant les animaux, leur corps, lors de abattage, est découpé, puis transformé, et emballé sous des appellations plus neutres comme « viande », « steak » ou « saucisse ». Tout est fait pour que le consommateur ne fasse pas le lien entre la gentille vache qui broute dans un pré, et le cadavre qu’il a dans l’assiette. La publicité n’hésite pas à utiliser des images qui rassurent le consommateur et lui font croire que l’animal est heureux de se faire exploiter : la vache qui rit en est un parfait exemple. Et présente les morceaux d’animaux de la meilleure manière possible pour faire saliver le consommateur.

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Quant aux femmes, l’objectivisation de leurs corps se retrouve dans la publicité, mais également dans la pornographie et la prostitution. D’ailleurs, les actrices et prostituées sont généralement classées en fonction de leur corps : minces, rondes, blanches, noires, jaunes, jeunes, vieilles etc.

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Tout est fait pour oublier que, derrière une paire de seins ou une cuisse, il existe un être vivant, qui a des sentiments, des joies, des peines. Seul persiste le plaisir du consommateur. La souffrance des animaux et des femmes est également souvent niée : combien de fois ais-je entendu que les animaux ne souffraient pas quand on les abattait ? Que c’est normal d’être violent avec sa partenaire au lit, parce qu’elle aime forcément ça ?

Et encore, je ne parle que de la violence physique, quid de la violence psychologique ?

Cette négation permet de repousser toujours plus loin l’exploitation. Cependant, le corps a ses limites, il ne peut pas tout supporter. Alors, on finit par le jeter, et en choisir un nouveau, comme tout objet, qui serait malheureusement interchangeable. Il existera toujours de nouveaux corps à exploiter.

C’est pourquoi Peta se plante complètement en utilisant des corps de femmes nues, en les assimilant à des animaux maltraités. En effet, ces campagnes sont destinés principalement aux mâles hétérosexuels omnivores vu que Peta utilisent des codes déjà présents dans la pornographie. Codes où la femme qui est soumise est montrée comme désirable. Or, assimiler le corps des animaux à des corps de femmes qui sont désirables est complètement contre-productif puisqu’il s’agit de convaincre les gens de devenir végétariens. D’ailleurs, les industries de la viande l’ont bien compris et utilisent bizarrement souvent les mêmes codes que Peta, mais cette fois-ci pour vendre de la viande ! Voyez ces exemples de publicité juste en dessous :Screen Shot 2013-12-01 at 10.35.27 AM

 

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Sympathie pour le bourreau

L’autre point commun que l’on peut trouver est la dépendance de la victime et de son bourreau. En effet, les femmes, bien qu’elles acquièrent de plus en plus d’indépendance ces dernières années, sont souvent maintenues sous la dominance masculine, que ce soit économiquement ou socialement (par le biais du couple notamment). Elles sont souvent infantilisées, considérées comme incapable de vivre sans un homme à leur côté. Les animaux de compagnie et de ferme ont été sélectionnés et transformés au fil des siècles pour rester sous la dépendance des humains et les espèces agressives ou non domesticables, sont exterminées. On justifie ainsi la captivité dans les zoos du fait que l’animal serait incapable de survivre seul dans la nature.

Le bourreau offre donc à sa victime une contrepartie, et c’est là où les relations de domination se font plus perverses : l’animal doit être reconnaissant envers son maître parce ce dernier le nourrit et le protège, la femme doit être reconnaissante envers l’homme parce que ce dernier l’aime et la protège. S’ensuit alors un syndrome de Stockholm, qui fait que la victime peut apparaître comme consentante à sa propre domination, voir même ressentir de la sympathie, voir de l’affection, pour la personne qui la maltraite.

L’agresseur va alors pouvoir justifier ses maltraitances en blâmant la victime, ce qui le protège de tout sentiment de culpabilité. A cause de ce sentiment de culpabilité, la victime (humaine ici, je ne prétends pas être spécialiste en psychologie animal) se blâme elle-même et non son bourreau, ce qui l’empêche de faire quoi que ce soit contre lui. Et parfois, la victime peut elle-même devenir agresseur sur une autre personne ou sur des animaux, pour se venger des violences qu’elle a subi, ou tenter de reproduire le même schéma, mais dans une situation où elle a le contrôle. La boucle est bouclée.

Conclusion

Le corps des femmes et des animaux est donc perçu par beaucoup d’hommes comme une marchandise. Par tout un processus de dissociation, l’agresseur va chercher à justifier son comportement. Et parce que l’agresseur est souvent le dominant du point de vue sociétal, la domination va ainsi perdurer, car les victimes n’ont pas les moyens de se faire entendre ou dépendent trop de leur agresseur pour arriver à le dénoncer. Il est donc logique que de nombreuses femmes se tournent vers le végétarisme ou végétalisme lorsqu’elles prennent conscience des inégalités entre les sexes, et vice-versa. L’empathie des femmes est plus grande envers les animaux, non pas parce que les femmes seraient soit-disant plus sensibles, plus émotives, mais car elles sont, comme les animaux, les victimes du patriarcat et de la marchandisation de leur corps.

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